« Je n’ai plus envie de faire l’amour depuis que nous avons eu un bébé. » « Ma femme n’a plus de libido » « Nous sommes devenus parents, mais j’ai l’impression que nous ne sommes plus vraiment un couple. »
De ces constats, une question se pose : « Comment retrouver du désir après l’arrivée d’un enfant ? »
L’arrivée d’un enfant, même lorsqu’elle est heureuse et très attendue, fait vivre une sacrée secousse au couple. Une véritable tempête, même ! Les habitudes changent, le sommeil est bouleversé, les priorités évoluent, le corps se transforme, la charge mentale augmente… et au milieu de tout ça, il faut continuer à être un couple amoureux et, si possible, amants.
Et c’est parfois beaucoup demander !
Il y a une idée que je trouve intéressante lorsqu’on parle de couple et de sexualité : nous ne pouvons pas compter éternellement sur le cocktail amoureux des débuts.
Lorsque nous tombons amoureux, notre cerveau et notre corps sont en pleine effervescence. La dopamine, l’adrénaline, l’ocytocine, la vasopressine et d’autres substances participent à cette sensation d’attirance, d’excitation et de fascination pour l’autre. Nous pensons beaucoup à cette personne, nous avons envie de la voir, de la toucher, de faire l’amour… Bref, nous sommes amoureux !
Cette phase de passion amoureuse est très intense, mais elle ne dure pas éternellement. Elle évolue généralement au fil des premières années de la relation. C’est d’ailleurs ce qui a inspiré le célèbre titre de Frédéric Beigbeder : L’amour dure trois ans.
Alors, est-ce que ça signifie qu’au bout de trois ans, on n’aime plus son partenaire ? Heureusement, non ! Mais il faut savoir faire évoluer son couple !
Le cocktail amoureux des débuts se transforme. Les « lunettes roses » commencent à tomber. On découvre davantage l’autre tel qu’il est, avec ses qualités, mais aussi ses défauts. La passion peut laisser davantage de place à l’attachement, à la complicité, à la confiance et à une forme d’amour plus mature.
Il faut donc prendre conscience que le couple ne peut plus seulement compter sur la magie des débuts.
Au début, nous tombons amoureux presque malgré nous. Quelques années plus tard, il faut davantage prendre soin de la relation : continuer à se parler, à se toucher, à se séduire, à rire ensemble, à créer des moments à deux, à entretenir son désir.
C’est aussi pour ça que l’arrivée d’un enfant peut être une période très délicate.
Si l’on y réfléchit, il n’est pas rare que le premier enfant arrive après trois, quatre ans de relation. C’est justement une période où le couple peut être en train de passer de la passion des débuts à une relation plus construite.
Et en même temps arrive… un bébé !
Une nouvelle vie commence. Et le couple doit apprendre à devenir une famille sans cesser d’être un couple.
On parle de baby clash pour désigner les tensions et les difficultés qui peuvent apparaître dans le couple après l’arrivée d’un enfant.
Je trouve important de le dire : le baby clash est fréquent et n’est pas forcément le signe que votre couple va mal.
L’arrivée d’un bébé vient simplement bouleverser énormément de choses. Elle révèle aussi parfois des différences entre les deux partenaires qui étaient jusque-là moins visibles.
Avant l’enfant, chacun pouvait travailler, faire du sport, voir ses amis, sortir, avoir ses projets, dormir… avec une certaine liberté.
Puis arrive la grossesse et, ensuite, la naissance.
L’expérience vécue par la personne qui porte et met au monde l’enfant est évidemment très particulière : grossesse, accouchement, allaitement éventuellement, transformation du corps, bouleversement hormonal, récupération physique…
Le ou la partenaire ne vit pas ces mêmes transformations.
Comment vivre alors cette différence fondamentale ?
Pour la femme qui vient d’accoucher, le corps peut avoir énormément changé. Kilos de grossesse, vergetures, cicatrice de césarienne ou d’épisiotomie, chute de cheveux… Et, soyons honnêtes, le soutien-gorge d’allaitement n’est pas toujours l’accessoire le plus sexy de notre garde-robe ! Certaines femmes ont du mal à reconnaître leur corps et peuvent voir leur estime d’elles-mêmes diminuer.
Or, lorsque je ne me plais plus vraiment, il peut être plus difficile de me sentir désirable… et donc de me laisser désirer.
Comment avoir envie de faire l’amour lorsque l’on n’a plus vraiment envie de son propre corps ?
Bien sûr, toutes les femmes ne vivent pas cette expérience de la maternité de la même manière. Certaines retrouvent rapidement une sexualité et une sensation de désir. Pour d’autres, il faudra du temps pour se réapproprier ce nouveau corps et retrouver le sentiment d’être une femme, et pas seulement une maman.
Après une naissance, certaines femmes peuvent ressentir des douleurs : césarienne, épisiotomie, déchirure, cicatrice, sécheresse vaginale, douleurs pendant la pénétration…
Et si les premiers rapports sont douloureux, une appréhension peut rapidement s’installer : « Est-ce que je vais avoir mal cette fois encore ? »
Dans ces conditions, il est difficile de se détendre et de laisser venir le plaisir.
Il est donc important de ne pas se forcer à reprendre les rapports sexuels et de prendre au sérieux toute douleur persistante. Et si besoin, de demander un avis médical auprès d’un professionnel de santé.
La sexualité après bébé peut aussi être freinée par une peur très simple : « Et si je retombais enceinte ? » Lorsque cette inquiétude est présente, il peut être difficile de se laisser aller. Mettre en place une contraception adaptée peut alors permettre de retrouver davantage de sécurité et d’éviter que cette peur ne devienne un frein à l’intimité.
Après une naissance, le corps traverse d’importants changements hormonaux. L’allaitement s’accompagne notamment d’une production importante de prolactine, qui peut contribuer chez certaines femmes à une diminution du désir sexuel et à une sécheresse vaginale. La chute hormonale qui suit l’accouchement peut également avoir un impact important sur le moral et les sensations corporelles.
Les premiers mois, bébé fait rarement ses nuits. Ajoutez à cela la récupération physique de l’accouchement, l’allaitement lorsqu’il a lieu, les journées qui commencent tôt, les nuits entrecoupées…Et vous obtenez parfois une jeune maman qui ne rêve que d’une chose :
DORMIR.
Après la naissance, il est tout à fait naturel que le bébé prenne énormément de place dans les pensées et dans la vie des parents.
Pour la mère, cette attention peut être particulièrement intense dans les premières semaines. Winnicott parlait notamment de « préoccupation maternelle primaire » pour décrire cet état particulier dans lequel la mère est très fortement centrée sur les besoins de son bébé.
Les hormones, l’allaitement, et la nécessité de répondre aux besoins du nouveau-né participent également à cette grande proximité.
Et ça peut créer une forme de décalage dans le couple :
La mère peut avoir l’impression de donner énormément : son corps, son temps, son sommeil, son énergie. Elle peut parfois ressentir de la colère ou de l’injustice si elle a le sentiment que l’autre partenaire peut continuer sa vie plus facilement.
De son côté, le ou la partenaire peut se sentir exclu(e), rejeté(e) ou relégué(e) au second plan.
Et petit à petit, la frustration peut s’installer dans le couple.
Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de coparentalité et d’une implication équilibrée des deux parents. Et c’est évidemment une très belle intention.
Mais il faut aussi reconnaître une réalité : les premiers mois ne sont pas nécessairement symétriques.
La personne qui a porté et accouché a vécu une grossesse, un accouchement et parfois un allaitement. Son corps et son quotidien ont été profondément mobilisés.
Le rôle du ou de la partenaire peut alors être aussi de soutenir, protéger et prendre soin de la mère, pour lui permettre de prendre soin de son bébé sans avoir en plus à porter toute l’intendance.
Après l’arrivée d’un bébé, la mère peut avoir du mal à sortir de son rôle de maman.
Elle est tellement absorbée par son bébé qu’elle peut parfois oublier qu’elle est aussi une femme, une amante, une personne avec ses propres envies et ses propres besoins.
Le regard du partenaire peut alors avoir une importance particulière.
Continuer à regarder sa compagne comme une femme et pas uniquement comme la mère de son enfant.
Lui dire qu’elle est belle. La toucher sans forcément attendre un rapport sexuel. La séduire. Lui rappeler qu’elle est toujours une femme désirable. Et surtout, lui permettre de retrouver progressivement un espace pour elle-même.
Cela passe aussi par des choses beaucoup moins romantiques… mais terriblement efficaces : prendre en charge l’intendance. Les repas, les courses, le ménage, les démarches administratives, les rendez-vous… Pas simplement demander : « Qu’est-ce que je peux faire ? », mais véritablement prendre en charge certaines choses. Parce que lorsqu’on a l’esprit constamment occupé par l’organisation familiale, il reste beaucoup moins de place pour le désir.
Prendre soin de la mère, c’est aussi prendre soin de la femme, et par extension du couple.
Une fois les premiers mois passés, le danger peut être différent. Bébé grandit, mais le couple peut être devenu une véritable petite entreprise ! Courses, crèches, travail, activités, devoirs, repas, ménage…
On fonctionne parfaitement ensemble comme parents. Mais parfois, on ne sait plus très bien comment être amoureux.
Ma proposition est simple : créer un rendez-vous de couple régulier. Une fois par semaine si vous le pouvez. Pas besoin de quelque chose d’extraordinaire : un restaurant, une soirée cinéma, une promenade, une soirée jeux de société, un apéritif à deux… L’objectif est simplement de retrouver un espace où vous n’êtes plus uniquement « papa et maman ». Vous redevenez vous deux.
Après l’arrivée d’un enfant, la tentation est grande de tout faire ensemble « pour le bien de la famille ». Pourtant, le désir a aussi besoin de distance.
Pour désirer quelqu’un, il faut parfois pouvoir continuer à le voir comme un autre.
Quelqu’un qui a son propre univers, ses passions, ses amis, ses projets, ses moments à lui.
Cultiver des activités séparées, avoir chacun son espace et continuer à vivre certaines choses individuellement permet de préserver cette part d’altérité.
Vous êtes parents ensemble. Mais vous êtes aussi deux personnes distinctes. Et c’est justement cette différence qui peut continuer à nourrir le désir.
Si votre sexualité a changé depuis l’arrivée de votre enfant et que cette situation vous fait souffrir, vous n’avez pas besoin d’attendre que les frustrations s’accumulent.
Une sexothérapie peut permettre de mettre des mots sur ce qui se passe, de comprendre les mécanismes qui entretiennent la baisse de désir et de retrouver progressivement une sexualité plus libre et plus épanouissante.
Il est possible de consulter pour une baisse de désir après une grossesse ou un accouchement, mais également pour un décalage de désir dans le couple, des douleurs pendant les rapports, un vaginisme, des difficultés d’érection, une éjaculation précoce ou d’autres difficultés sexuelles.
L’objectif n’est pas de retrouver « la sexualité d’avant bébé ». Il s’agit de construire une sexualité qui vous convient aujourd’hui.
La sexualité est faite pour nous apporter de la joie, du plaisir et de la connexion. Si ce n’est plus le cas, il existe des solutions.
Marion Girard, psychopraticienne, hypnothérapeute et sexologue à La Roche-sur-Yon, en Vendée.
J’accompagne les adultes et les couples autour des questions de sexualité, de désir, de vie amoureuse et de relations.
Je propose des consultations au cabinet à La Roche-sur-Yon, mais également à distance en visio, seul(e) ou en couple.
Mon approche associe notamment sexothérapie, hypnose et thérapie narrative, dans un espace bienveillant et sans jugement.
Si vous avez l’impression d’avoir perdu votre désir, votre complicité ou votre intimité depuis l’arrivée de votre enfant, vous pouvez venir en parler.
Vous êtes devenus parents. Mais vous pouvez continuer à être amoureux. Et amants.